Mardi 31 janvier 2012
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En partant à des obsèques (je ne peux pas dire enterrement, c'était une incinération), je m'étais surprise à prendre mon appareil
photo puis ravisée. Non, ça ne se fait pas. Je m'étais alors demandé pourquoi on ne fait pas de photos dans cette circonstance, à part les gens connus qui vont à l'enterrement
d'une personne connue. On me dit qu'on en faisait autrefois. Oui mais des photos du mort et de fort belles d'ailleurs.
Et le caractère surranné du mot funérailles m'a rattrapée.
(à gauche Victor Hugo)
Je pensais à des portraits, à des moments de recueillement, un enfant qui rit, des gens qui s'enlacent. Bien entendu, pas de voyeurisme ! Pas de gros plan sur les
larmes et les visages ravagés. On a les actualités pour la souffrance des autres, des anonymes, pour une émotion qui peut être intense mais impersonnelle et à distance.
Mais pérenniser le moment comme on fixe ceux de la joie... Fixer un moment important. On me dit encore que notre rapport à la mort a changé. J'entends bien. On veut se souvenir de la
naissance et de la vie mais pas du départ, de la séparation. On veut oublier. Comme si on oubliait... On ne veut pas de preuves. L'absence de l'absenté suffit. C'est ce qu'on veut croire. Alors,
une idée aussi sotte que grenue, une macabre bizarrerie, les photos aux obsèques ?
En revenant, frappée par la beauté de la Garonne avec ses fleurs de lumière, j'ai râlé de ne pas avoir pris l'appareil. J'ai également compris que le
photographe s'absente lui aussi derrière son appareil et s'abstrait ainsi de l'émotion collective. Bouclier. J'y suis mais je n'y suis pas.
Sinon, la vie ça donne ça parfois :
Mérignac 25 janvier 2012
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Samedi 28 janvier 2012
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12:24
Chanson Don't box me in. Trad. : Ne m'enfermez pas dans une boîte. (? S.O.S. traduction)
Comme presque tout le monde, j'avais vu Apocalypse now (1979) et je ne crois pas avoir fait le lien entre ce Coppola-là et Rusty
James (Rumble fish - 1983). C'est très étrange le souvenir que j'ai de ce film : c'est une tragédie à l'antique, à quoi s'ajoute la " douce violence " des
États-Unis d'Amérique avec ses chantres. Mais c'est aussi un poème symphonique, la vie en noir et blanc (le vrai héros est daltonien), douceur et
violence, la vie quoi.
Synopsis vite fait :
Dans une petite ville de l’Oklahoma, Rusty James (Matt Dillon), jeune délinquant tente d'atteindre la stature de son frère, le Motorcycle Boy
(Mickey Rourke), chef de bande et légende locale. Celui-ci revient de Californie après quelques mois d’absence ; il a changé. Il cherche à échapper à sa propre image et
à empêcher son frère cadet de suivre le même chemin. Mais il est né du mauvais côté de la rivière comme dit son père - alcoolique - (Dennis Hopper). Le titre original du film -
Rumble fish - est bien plus pertinent que le titre français : Mickey Rourke, insaisissable y compris à lui-même (il voit mal et n'entend presque plus), déjà absent, est fasciné par le
poisson combattant qui lutte à mort avec son propre reflet.
Dans ce film, en plus des trois déjà cités on voit trois autres acteurs remarquables, Chris Penn (petit frère de Sean), Nicolas Cage et
Tom Waits en barmann (!).
L'histoire est simple mais le conte est superbement raconté, animé par le crescendo annonciateur de l'unhappy end. Plus elle est forte moins on
échappe à l'image que les autres ont de vous. C'est la fatalité et c'est fatal.
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Mercredi 25 janvier 2012
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Par dépit (je n'arrive pas à vous faire écouter ma version sur le billet), je mets cette interprétation de la Petite ouverture à
danser d'Erik Satie mais il faut l'écouter par Reinbert de Leeuwe. Tout Satie est sublime par cet interprète. Il y a de belles versions sur le net.
Rembrandt Vieille femme lisant
Je suis devenue une lectrice si pervertie qu'il m'arrive, lorsqu'elles sont abondantes, de ne lire QUE les notes de bas
de page. Quand les fameuses notes sont reléguées en fin de chapître ou - pire - au bout du bouquin, je ne peux cesser la lecture commencée et avale toutes les notes d'un trait. Comme je refuse de
penser que je suis la seule à agir ainsi, cette maladie doit avoir un nom. Notemania serait assez adapté... Notivore est insuffisant : on ne sent pas assez la pathologie.
Syndrome du lecteur transgressif est un peu pédant mais le terme de syndrome convient bien puisque le lecteur excessif de notes a, en général d'autres symptômes : lire la préface
après et/ou la postface avant, ne jamais lire la quatrième de couverture, sauter des descriptions et n'aller qu'aux dialogues, et inversement... J'en passe. Rien à faire : je suis devenue une
lectrice bien indocile.
Mais les notes de bas de page, quelle histoire !
À droite Rotari Jeune fille lisant
Traduction de la note de bas de page 1 (footnote) : Ce chapitre aurait pu
s'intituler "Introduction" mais personne ne lit les introductions, et nous voulions que vous lisiez ceci. Nous ne prenons aucun risque à l'admettre ici, car personne ne lit les notes de bas de
page non plus. Ah bon ? Une autre maladie alors ?
J'apprends que Brice Matthieussent, brillant traducteur d'écrivains parmi les plus grands (Kerouac, Jim Harrison, P. Bowles, J. C. Oates) a écrit en 2009 La
Vengeance d'un traducteur où les fameuses N. d. T. (Notes du traducteur qui deviennent Nez du Tapir, Nuit du terrifié ou Nausée du Travailleur) empiètent sur l'auteur
traduit jusqu'à le faire disparaître. Voilà le livre qu'il me faut !
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Dimanche 22 janvier 2012
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13:00
Mais bon sang ! Comment n'y avons-nous pas songé plus tôt ? Barbara est une actrice de Butoh, un personnage du Nô.
(Voir billet 156 du 31 janvier 2011 sur le Butoh)
Je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée. Il y a, chez la Barbara de la fin quelque chose de très suspendu, d'infiniment fragile et de miraculeux.
Elle est, oui, suspendue sur ce vide, à la fois ténu et immense du grand passage. Elle nous dit encore quelque chose comme quelqu'un qui parle en s'en allant, tête
tournée vers nous mais corps vers l'absence. On sait que ces paroles dites là sont essentielles mais on ne les entend pas avec l'oreille...
À la fin, on ne comprend presque plus ce que chante Barbara ... Si théâtralement folle, ailleurs, au fin fond d'elle même et comme
désincarnée, en ombre chinoise. La voix s'effiloche. Il reste un souffle, juste un souffle qui s'épuise à tenir, un à-bout-de-souffle, l'essence d'un geste intérieur qui s'en
va. (photo Barbara : Marianne Rosentielh)
La première fois que je l'ai vue, j'avais 15 ans à peine. C'était à Tokyo, quartier Shibuya, au théâtre. Depuis ce soir-là, dans ma tête s'est gravé son nom : "
Barbara ". Tu vis dans mon plexus sacré, immortelle... dit Mari Kazue, danseuse et chanteuse japonaise qui a été assistante de Tatsumi Hijikata (un des pères fondateurs de la danse
Butô) et qui chante Barbara.
Dans le théâtre nô du Japon (inventé au XIVe siècle), c'est le masque de la fin de la vie. La beauté absolue de la femme âgée, quand la jeunesse s'en est
allée. « Vieillir, c'est devenir transparent, être quitté peu à peu par la vie. » Le regard du masque est tourné vers l'intérieur. Comme Kazuo Ohno, comme Barbara.
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Mercredi 18 janvier 2012
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19:00
On change radicalement d'ambiance. Des ambiances souterraines, peuplées et glauques du métro, on passe au bleu, à la pureté coupante, à l'espace de la mer en
hiver.
Que la lumière était froide ! Et pourtant... Tous les gris sont là dans une invraisemblable palette ! Des plus froids aux plus doux, du métal au velours, des
épais aux ajourés, réunis et dissociés.
Trois masses : ciel eau sable
Tous les beiges aussi sont là, des crémeux du sable sec aux presque bruns du bord de l'eau. On en sent la texture, on marche dessus, dedans, les teintes changent
comme l'appui de nos pieds. Juste quelques petites silhouettes qui bougent tranquillement dans toute cette immensité.
Et puis soudain, très loin, au bout de l'horizon, là où les yeux commencent à ne plus voir, une clarté s'impose.
On s'y transporte ; on est transportés. Elle reste pourtant inaccessible.
Beau comme l'océan en janvier.
Côté Bassin, plus pétillant quoique bien frais. Cela ne décourage pas tout le monde. La preuve :
photos : Clarisse Mèneret
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