Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /2010 19:00

outarde_houbara_jogo_0g.jpgEt voilà la trace de la patte d'outarde que portait, brodée sur un drap et gravée sur sa caneMonod1_2 Théodore Monod et ce jusqu’au dernier jour. Énigmatique signe de la paix avec lequel, chaque année, il allait manifester contre la bombe atomique sur le pavé parisien en compagnie d’Albert Jacquard. Ce signe en "pied d'oiseau" se reconnaît, entre autres, dans les idéogrammes Bambara pour représenter une personne morte, alors qu'inversé, il représente la vie, les bras levés. Sur la signification pacifique et non-violente de ce dessin en forme de patte d’oiseau, il existe une légende qui court dans les traditions orales d’Afrique septentrionale. En voici une version du Sahara algérien :

Pour les Maures et les Touareg, l’outarde est « oiseau du Paradis », messager des hommes auprès d’Allah. Dans la région du Trarza, les nomades mauritaniens expliquent la présence de la « marque de l’outarde » (dessin laissé sur  le sol par la patte de l’outarde) brodée si souvent au sommet des tentes, par ce récit :

Un émir de la tribu des Oulad Rizg avait une réputation de méchanceté, d’oppresseur des faibles et de soudard impitoyable. Après le rezzou, il gardait tout le bétail volé et ne le partageait jamais avec ses guerriers. Cet émir n’avait qu’un amour sincère : son fils.
Celui-ci possédait une petite outarde apprivoisée qu’il aimait beaucoup. Or, un jour, elle se perdit en brousse. L’enfant pleura et son père la fit rechercher par ses meilleurs pisteurs sans succès. Toutefois des gens qui venaient d’être pillés par l’émir, les Oulad Deïman, découvrirent l’outarde, s’en emparèrent, lui glissèrent un collier d’argent autour du cou et, très habilement, vinrent la rendre à l’émir.

Le fils pleura de joie et le père en fut si content qu’il s’écria : " Dès aujourd’hui, vous pourrez broder la trace de l’outarde sur vos tentes, celles-là me seront sacrées et je ne les pillerai plus ! " L’émir cessa de faire la guerre.

Moi, j'aime les histoires et celle-là va bien à Monod : j'aime à croire qu'il connaissait le conte mauritanien et que c'est la marque de l'outarde qui figurait sur sa canne et son drap :

Tant que les hommes aimeront la guerre (ce qui est le cas malheureusement) leur avenir sera très menacé. Il serait temps qu’ils acceptent de s’hominiser. Mais ils refusent. Ils préfèrent la barbarie ancestrale. C’est absurde, parce que les menaces grandissent au fur et à mesure de l’avancée technologique. Théodore Monod - entretien avec Michel Picquemal - Clés Nouvelles, 1990

Alain Souchon - La Vie Théodore

P.S. : En fait l'emblème fut dessiné en 1958 par Hugh Bock et Pat Arrowsmith pour la 1ère marche contre la guerre nucléaire à Aldermaston en Angleterre. Ce signe se composerait, selon le code du sémaphore à bras, des caractères N (nuclear) et D (disarmament).

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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /2010 18:00

Longtemps, je me suis ennuyée...

Fléau pour certains, l'ennui est le malaise d'un esprit inoccupé, un vide à remplir avec le corps, agir, s'agiter. Mais si le vide est dans la tête, l'action ne le chassera pas ; elle écopera le temps, elle n'emplira pas l'esprit. Et puis pourquoi être plein ? Hein ? C'est dans le vide qu'arrive le flux de la pensée, un bon vide, bien plein de rien.

Face à face avec soi-même : il faut être assez en amitié avec soi pour que ces instants ne deviennent pas insupportables. Pas narcissique, non ! Juste avoir fait la paix, avoir cessé de vouloir être quelqu'un d'autre, s'admettre. Là, l'ennui devient possible sauf que ce n'est plus de l'ennui. FAR-NIENTE.

[Je vais citer beaucoup dans ce billet ; qu'on veuille bien me pardonner : Pessoa, Moravia et Barthes prennent la parole ]

Mais l'ennui n'est pas que ça :

C'est-à-dire que le niveau idéologique, c'est le rapport de l'homme avec la réalité, c'est le problème de l'ennui. L'ennui, comme je l'ai dit, comme je l'indique dans le livre, c'est l'absence de rapports avec la réalité ou l'incommunicabilité. Alberto Moravia

Il y a peut-être pire que l'ennui, c'est la peur de l'ennui. La paresse d'être sans béquille. Je ne juge pas : l'ennui est fécond quand il n'est plus le Vouloir-Saisir que Barthes décrit si bien en parlant de la civilisation occidentale. Il ne faut pas le confondre avec la mélancolie. D'ailleurs Roland Barthes savait de quoi il parlait et Philippe Sollers en cerne bien dans un Magazine Littéraire dont je n'ai pu retrouver la date :

L'ennui de Barthes était aussi central dans sa vie que l'était sa mère. Peu à peu, je me suis convaincu que Bathes aimait son ennui. Qu'il aimait interrompre longuement toute communication et peu à peu chuter dans le neutre comme dans une sorte de coma public.

Je laisse à Pessoa les derniers mots qui sont, pour moi, définitifs :

L'ennui est la sensation physique du chaos, c'est la sensation que le chaos est tout. Le bâilleur, le maussade, le fatigué, se sentent prisonniers d'une étroite cellule. Le dégoûté, par l'étroitesse de la vie, se sent prisonnier d'une cellule plus vaste. Mais l'homme en proie à l'ennui se sent prisonnier d'une vaine liberté, dans une cellule infinie. Fernando Pessoa Le Livre de l'intranquilité, Christian Bourgois, 1988

Qu'on ne s'étonne pas de mes références à Pierrot le fou de Godard : c'est juste que Qu'est que j'peux faire ? J'sais pas quoi faire a largement inspiré ce billet. De Sous le soleil exactement à La ligne de chance, il n'y a qu'une virevolte ! Petit clin d'œil à mes amis du meilleur cinéclub du monde. 

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Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /2010 00:00

Je connais bien des détracteurs de la téloche et on vit sûrement très bien sans. Mais mais mais...

 Où aurais-je vu et entendu Didier Lockwood improviser sur un violon vert (qu'il appelle son Goldorak) des notes très "mouettiques" puis duettiser avec Sarah Nemtanu (doublure et prof de Mélanie Laurent dans le superbe film Le Concert ?  [film de Radu Mihaileanu - voir bande annonce sur Cinéma - EVENE.flv http://www.evene.fr/cinema/films/le-concert-23974.php?videoLe Concert Bande-annonce clic droit - ouvrir le lien - + bas sur la page, 4 bandes annonces]

Où aurais-je vu et entendu cet étonnant objet que je ne connaissais pas ? Le HANG, le " wok " comme l'a gentiment surnommé Yvan Le Bolloch', autre invité de l'émission de Zygel ?

Hein, quoi, vous connaissiez le HANG et ne me disiez rien ? Cette soucoupe qui fait planer ? Là, dessous : (c'est le gars qu'on a vu chez Zygel : il a joué du J.-S. Bach)

Et aussi là [clic droit, ouvrir le lien] :
Cet instrument inventé par 2 suisses, sphérique et métallique (l'instrument, pas les suisses)permet de jouer huit notes PLUS une note fondamentale. Si l'on retourne l'instrument, on obtient une note très proche de celle du udu africain. Certains virtuoses s'activent sur 3 hangs à la fois ! Balèze !
Moi, ça m'enchante : c'est lunaire, hypnotique et paisible. L'anti Tambours du Bronx (que j'aime aussi !). Et on est toujours content de découvrir du nouveau, quand c'est beau, bien sûr !
N'est-ce pas ? Merci qui ? Merci la téloche !
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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /2010 18:00

On croit connaître un lieu. On le côtoie depuis si longtemps. On y a des souvenirs et du présent : on est au port d'attache... Et puis, une lumière inédite, un bateau en plus ou en moins à l'ancre, une musique qui change d'un quart de nuance et c'est tout à refaire et c'est tant mieux ! C'est comme le blues, toujours pareil, jamais pareil.

On ne va plus au marché : il n'y a que de la fringue chic !

On apporte tout et on vit en autarcie ; à partager : du melon, du soleil, des tomates, du vin et de l'eau douce, de l'eau salée pour les bains, des ratatouilles de matins clairs et des fricassées de polars, des frichtis de lumière et des soirées silencieuses. Les journées ne passent pas : elles glissent. Le temps flotte en swinguant. Il y a de l'intemporel dans l'air.

IMG_0620.JPG

Le chien bleu vous regarde mais habituellement, il scrute l'horizon (et guette l'arrivée de sa copine Dune). Le soir, les enfants et les chats prennent possession des ruelles, les chiens se donnent un dernier rendez-vous sur la plage lissée. Les hirondelles font du trapèze, ventre rosi par le couchant.
Ne pas oublier de laisser les miettes pour les minuscules moineaux.
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Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /2010 16:10

Pour fêter mon centième blog, je laisse la parole à une grande figure de la psychiatrie, Jacques Hochmann. Je rejoins, modestement et par parole interposée, l'indignation de certains. Ce n'est pas un concert larmoyant ni même de la bonne conscience : c'est vraiment une consternation. Laissons parler ceux qui le font bien.

http://www.musicme.com/Nicolae-Gutsa/albums/La-Grande-Voix-Tsigane-De-Roumanie-3521383416457.html?play=01

Lettre ouverte au président de la République

par Jacques HOCHMANN, professeur émérite de psychiatrie à l'Université Claude Bernard (Lyon).

18.08.10

Monsieur le Président,

Comme vous je suis un fils d'immigré (polonais, en ce qui me concerne). Mon père est venu étudier en France, en 1925, il est retourné se marier au pays, en 1932. Je suis né en France, en 1934 et nous avons, mes parents et moi, été naturalisés français, en 1936, sous le Front Populaire. 

 Bien que mon père, ingénieur dans une usine métallurgique, ait participé à l'effort d'armement de la France et ait toujours été respectueux de la loi, nous avons, en 1942, en tant que juifs, été déclarés déchus de la nationalité française par le Gouvernement de Vichy, et, de ce fait, mis en danger immédiat d'être arrêtés et déportés. Nous n'avons dû la vie, comme beaucoup d'autres juifs résidant en France, qu'au dévouement et parfois à l'héroïsme de ceux qui, alors, nous ont cachés et aidés, en nous procurant de faux papiers et en nous hébergeant. 

Vous êtes né après cette sombre époque. Vous n'avez pas connu, dans la presse et à la radio, le déchaînement de la haine xénophobe. C'est la seule excuse que je peux trouver à ce que j'oserais appeler votre irresponsabilité, si je n'étais tenu au respect par la haute fonction que vous incarnez.
Vous n'êtes pas seulement, en effet, le chef d'une majorité qui conduit une politique choisie par les électeurs. Vous occupez une place symbolique, que reconnait la loi, en vous déclarant au dessus d'elle pendant la durée de votre mandat. En se dotant d'un Président de la République, en décidant, il y a presque un demi-siècle, de l'élire au suffrage universel, pour renforcer son image et son pouvoir, le Peuple souverain s'est cherché à la fois un guide à moyen terme et un arbitre transcendant les passions populaires.
Celles-ci sont promptes à s'échauffer, en particulier dans les périodes de crise économique, comme celle que nous traversons. La passion conduit à l'abolition de la réflexion, au passage à l'acte, à la décharge immédiate des désirs les plus primitifs. Quoi de plus passionnel, de plus irréfléchi et de plus primitif que la haine ou la peur de l'étranger. Surtout, s'il vit parmi nous, s'il s'infiltre à travers des frontières, érigées pour nous protéger, s'il viole ainsi continuellement le sentiment du chez-soi, l'étranger, quoi qu'il fasse ou ne fasse pas, est, en lui-même, une source potentielle d'insécurité. Il engendre inévitablement, dans les sociétés humaines archaïques comme dans les sociétés animales, la violence.
Dans les moments difficiles, il devient le bouc émissaire. Le Juif, le Romanichel et aujourd'hui le Noir ou le Beur, quelle que soit sa nationalité formelle, incarne ainsi, en lui-même, le danger voire le mal, indépendamment de son comportement objectif.
Il suffit de lire actuellement les commentaires des internautes et de suivre les sondages d'opinion pour s'assurer du large écho positif rencontré par vos propositions de Grenoble et par leurs applications immédiates. Vous surfez sur une vague porteuse. Mais c'est justement ce qui m'inquiète. L'histoire n'est pas avare d'exemples qui montrent jusqu'où peut conduire le débordement passionnel et avec quelle facilté peut craquer l'enveloppe de civilisation qui tente de les contenir, en s'appuyant sur les valeurs de solidarité, de tolérance et d'hospitalité qui font partie aussi de l'héritage humain.
Par delà votre personne, vous êtes le représentant de ces valeurs, vous avez pour mission, et vous l'avez rappelé dans un de vos anciens discours, en citant Edgar Morin, de faire ½uvre de civilisation. Un Président de la République doit renforcer le sentiment de sécurité en faisant un travail de pédagogue (ce qu'avait fait votre prédécesseur François Mitterand, en demandant au Parlement d'abolir la peine de mort, contre le sentiment prévalent dans la majorité de la population).
Les réponses au jour le jour que vous donnez, avec la fougue qui vous caractérise, aux problèmes actuels d'insécurité sociale, économique et d'ordre public, n'ont rien de rassurant. Vous avez déclenché, justifié par avance, des réflexes sociaux que vous risquez de ne plus maîtriser. Le Front national se réjouit de voir valider, au plus haut niveau de l'État, certaines de ses propositions.
Comble d'ironie, c'est d'un pays sans grande tradition démocratique, la Roumanie, où, comme d'ailleurs en Hongrie et en Bulgarie les Roms n'ont jamais joui d'un statut enviable, que vous viennent aujourd'hui les accusations de populisme et l'appel à une réflexion plus calme et plus inscrite dans la durée.
Veuillez agréer, monsieur, le Président, l'expression de la haute considération dans laquelle je tiens votre fonction.


Et pour ceux qui se mélangeaient un peu les pinceaux (comme moi, par exemple) voici des précisions sur la terminologie :

Les Tziganes regroupent 3 grands ensembles historiquement différenciés en Europe : les Roms, d'Europe centrale, les Sintis ou Manouches de France, d'Italie, du Benelux et d'Allemagne, et les Gitans, du midi de la France, d'Espagne et du Portugal.

 

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