Libérez vos visages de leurs portières, offrez-les nus, et magnifiques sans truquages, dans toute la splendeur de leur adorable sensibilité.*
On reconnaît sa voix immédiatement. Et ce qu'elle chante est à peine croyable. Entendu aujourd'hui une chanson dingue où il est question de faire le compte de ses amants et... J'm'embrouille. Rien n'arrête Yvette ! Elle aborde tout et ce faisant témoigne d’un féminisme novateur. Elle peut dire le mélodrame sans être dans le pathos, comme la mode le voulait dans les années 20, femmes victimes toujours ! Certaines chansons sont sidérantes de réalisme, d'humour, de cruauté. Sans parler de la lucidité sur la société et le tout avec compassion et tendresse. La fée verte était rousse.
Son portrait était accroché dans le bureau de Freud à côté de celui de Lou Andréas Salomé. Il était fasciné, dit-on. Ce qu'il aimait chez elle ? Sa liberté, son incroyable liberté. Ce qui l'intéressait ? Ce dédoublement de personnalité qui lui permet d’incarner chaque personnage des coquettes, des femmes vertueuses, des criminelles, des ingénues, énumère-t-il dans une de ses lettres. Ce qu'ils ont en commun ? Tous deux sont en recherche de ce qui vient nourrir la vie de l'esprit d'où que cela provienne, sexualité en tête.
Elle se produisait au Divan japonais (!). Non seulement, elle chante mais elle écrit sur son art, affirmant qu’ à la pure prononciation, « il faut ajouter l’art d’allumer et d’éteindre les mots, de les caresser ou de les mordre, de les envelopper ou de les dénuder, il faut y joindre ce sens visible, vivant, peint, sculpté» Y. Guilbert, * L'Art de chanter une chanson, 1928.
Quand je l'entends, je reprends à mon comte les mots de Barthes : je suis dans l' « hallucination » de l’écoute qui fait que « dans la voix, j’entends d’autres voix » (Barthes, Le Grain de la voix, 1982).
Je vous assure que même aujourd'hui, personne n'oserait chanter ce que cette femme libre chantait.